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SOCIETE PLURIDISCIPLINAIRE DES ETUDES SEXOLOGIQUES DE L'EST
Editorial


Dr Ganem

Docteur Marc GANEM

Gynécologue-Accoucheur et Andrologue
Président de la SFSC( Société Française de Sexologie)
Président de la WAS (World Association for Sexology)



    J'ignore si cet éditorial vous plaira car il me vient au gré de mes pensées en une après-midi morose. J'ignore si vous allez bien et surtout si vos patients sont plus heureux, après vous avoir rencontrés. J'ignore si la Sexologie existe toujours, tant il est vrai que j'ai l'impression d'une léthargie ambiante mais bienheureuse.

    En effet, nous sommes en France, capables d'écouter, conseiller, accompagner nos patients individuels et en couple, sur à peu près tout le territoire avec une mise en place de réseaux de soins de plus en plus compétitifs. Cependant, nous continuons malgré tous nos efforts à avoir un déficit dans la parole qui souffre chez tous nos compatriotes, qui pourraient avoir besoin de parler de leurs difficultés à vivre une sexualité heureuse. Toutes les campagnes, y compris à la radio et à la télévision, tous les articles qui s'étalent dans tous nos tabloïds, toutes les émissions où la sexualité vient s'expliquer à l'écran et ceux qui le font le font bien, tout cela n'y fait rien. Trop d'hommes et de femmes continuent à souffrir en silence, ayant peur d'eux-mêmes,
du grand dira-t-on de l'autre, de nous et de notre « toute puissance».

    J'ignore s'ils viendront un jour tant il est vrai qu'aborder la sexualité dans notre pays « gaulois » semble incongrue, y compris pour nos autorités de tutelle. Pas le temps, pas d'argent, pas le moment, pas nécessaire, superflu et pensez donc si en plus du déficit de la Sécu on doit rembourser des médicaments pour le sexe !!

    Oui, mais ce que je sais, c'est qu'il y a URGENCE.

    J'ignore si je serai entendu un jour, mais j'ose proclamer qu'il y a urgence à s'occuper réellement de la sexualité de nos compatriotes, non pas comme un entomologiste qui regarderait les ailes fripées d'un papillon de nuit (c'est la nuit qu'on fait l'amour ! !), mais comme des responsables qui enfin comprennent combien la notion de Santé Sexuelle doit devenir une priorité nationale et ce dès l'Education sexuelle que nous dispersons trop tard à nos chers enfants et où l'on ne parle que de la procréation ou du rôle mortifère de la sexualité à travers les MST et le Sida. Pourquoi ne pas lui apprendre ce que c'est le plus beau des dialogues, car universel et porteur d'AMOUR. Pourquoi ne pas leur apprendre, plus tôt dans la scolarité à se respecter et à respecter leur corps, ce qui éviterait bien des incestes, souvent la conséquence chez ceux qui perpétuent ce crime, d'un déficit de sexualité.

    J'ignore si la violence intra-couple qui tue des femmes trouvera un jour une solution, mais je sais qu'elle pourrait être évitée si ceux qui l'utilisent avaient une meilleure sexualité débouchant sur un vrai dialogue avec l'autre, c'est-àdire avec eux-mêmes.

    J'ignore si les addictions à l'alcool, à la cigarette, à l'alimentation pourront être éradiquées un jour, mais je suggère que bon nombre pourraient disparaître si ceux qui en souffrent pouvaient vraiment faire l'amour.

    J'ignore si l'usure des couples qui fait exploser le nombre des divorces va dominer un jour, mais ce que je sais à travers les patients désorientés qui consultent un jour, c'est que les troubles de la sexualité sont toujours venu aggraver une mésentente plus globale et les mots blessants que l'on rejette au visage avant de se séparer sont ceux qui mettent le plus de temps à disparaître.

    J'ignore si les gens arrêteront de se suicider mais ce que je peux dire c'est que presque toujours la souffrance dans la sexualité s'exprime « après » par ceux qui étaient souvent proches mais aveugles.

    A la fin de mon éditorial ce que je n'ignore plus c'est que maintenant tout le monde sait à quel point la sexualité, cette fonction certes non vitale, mais si fondamentale, quand elle balbutie peut-être dangereuse pour celui ou celle qui le ressent, pour l'autre, pour les enfants qui regardent et enregistre la souffrance, pour nous tous.


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